Démarche pédagogique autour du Panoptykon

Qu'est-ce que le Panoptykon ?

Le Panoptykon est la poursuite et l'amélioration d'un outil d'une fondation polonaise qui défend les citoyens et les citoyennes contre les captations de données sur Internet et pour protéger leur vie privée. Sous réserve de creuser un peu plus les similarités et les différences, cette fondation semble avoir un objet proche de la Quadrature du Net en France.

Si la production initiale reposait bien sur 3 cercles concentriques (données consenties au centre, méta-données pour le cercle intermédiaire et données déduites par "la machine" pour le cercle extérieur), la version francisée a été enrichie avec des liens (mots apparaissant en jaune) vers des articles qui racontent des situations inquiétantes pour nos données personnelles.

À quoi sert le Panoptykon, comment je l'utilise ?

Quel objectif principal est visé ?

L'idée est de sensibiliser aux enjeux autour des données en passant par le "moi". Même si j'interviens plutôt auprès de personnes morales (pour beaucoup, des associations), je trouve qu'il est important de faire un pas de côté en prenant des exemples concrets, des situations qui se sont produites pour des personnes. La résonnance avec le vécu est plus importante et permet plus facilement de transposer l'attention accrue qu'il faut avoir pour les données de la structure.

Les contextes d'utilisation

J'utilise le Panoptykon dans principalement deux situations :

  1. Dans le cadre d'une intervention pour laquelle j'ai entre 45 mn et 1h avec un groupe d'une dizaine de personnes. L'objectif est alors de sensibiliser aux enjeux des données (personnelles).

3.Comme point de départ de la présentation pour laquelle il faut généralement prévoir une journée pour parcourir et compléter la centaine de "vues" programmées avec Sozi.

Pour le créneau court, il est important de laisser un petit temps à la fin pour aborder les pistes qui permettent d'aller vers une meilleure maîtrise des données. Rester sur une unique approche critique risquerait en effet de laisser les personnes abattues, dans la posture du "c'est trop tard, on peut rien y faire de toute façon"; posture que l'on souhaite justement éviter.

Une logique d'arpentage

Commencer par une présentation globale du Panoptykon

Je m'appuie sur les vues programmées avec Sozy pour présenter :

  1. la manière de naviguer dans le Panoptykon, les consignes comme privilégier l'usage d'un ordinateur avec une souris et le lien "de secours" vers le tableau récapitulatif des articles pour celles et ceux qui auraient un smartphone,
  2. le 1er cercle et convenir ensemble que nous avons toutes et tous donné, consciemment, la majorité de ces informations,
  3. le 2ème cercle et faire prendre conscience de toutes les informations que l'on transmet de manière inconsciente mais qui sont utiles (ou pas pour certaines) pour une navigation fluide (exemple : taille de l'écran pour un affichage pertinent, type de navigateur, etc)
  4. le 3ème cercle et faire appréhender tout ce qui peut être déduit des deux premiers cercles par les "machines"
  5. Signaler les mots en jaune qui ouvrent des articles en lien (plus ou moins) avec ce mot lorsque l'on clique dessus.

Se répartir le choix des mots

Un pad est ouvert (par exemple sur chapril) pour que chacun·e note le mot-article choisi et pour éviter trop d'articles identiques lus.
Une vingtaine de minutes est alors laissée pour lire, seul·e ou à deux. Si le temps de lecture de certains articles est court, les personnes peuvent en choisir un second.

Partage des lectures

Chacun·e partage et résume ensuite au groupe ce qu'il a lu.
J'apporte souvent quelques commentaires et complètes avec des éléments des articles non lus.
J'insiste aussi sur les dates et les lieux des articles.
Par exemple, le personnage au centre du Panoptykon renvoit vers l'article le plus ancien répertorié ici (2009). C'est l'occasion de préciser que depuis cette date, particulièrement avec l'avènement des IA génératives, la capacité des machines pour profiler, s'est renforcée de manière colossale.
Pour le lieu, beaucoup d' articles évoquent des situations aux États Unis : si ces situations n'ont pas été pointées en Europe, c'est que le RGPD offre (encore) une protection un peu plus importante que là-bas...mais pour combien de temps lorsque l'on regarde la pression des lobbys ?

Conclusion

Après ce temps, je constate souvent qu'il s'est produit quelque chose "à l'intérieur des gens" qui ont participé activement et sincèrement.
J'aime croire qu'une petite graine a été plantée et que, en fonction des parcours, des envies, des motivations et du temps de ces gens, une démarche se mettra en place pour aller vers un numérique plus respectueux des utilisateurs et utilisatrices et pour mieux maîtriser les données.

Naviguer dans le Panoptykon

Une page prévue pour être utilisée avec un ordinateur

La page du Panoptykon a été pensée pour être parcourue avec un ordinateur. La navigation ne fonctionnera vraiment pas bien avec un smartphone. C'est un choix assumé. Cependant, si vous avez un public avec des personnes sans ordinateurs, vous pouvez présenter la démarche du Panoptykon et les renvoyer vers ce tableau qui reprend les titres des articles, les liens et leur temps de lecture.

Deux outils libres pour produire la page du Panoptykon et le parcours visuel

Inkscape pour produire une image globale et donner une vue d'ensemble

Inkscape est un logiciel libre qui permet de produire des images vectorielles. Contrairement aux images "bitmap", le vectoriel permet de zoomer sans affecter la perception de qualité de l'image.

Image bitmap zoomée dont on voit le crénelage

Image bitmap crénelée après un zoom abusif

Image vectorielle zoomée

Image vectorielle zoomée

Comme la présentation va consister à des déplacements sur l'image et des focalisations (zoom) sur certains endroits, le vectoriel est à privilégier (mais vous pouvez aussi avoir quelques parties laissées en bitmap pour des endroits que vous ne zoomerez pas particulièrement).

Un des avantages du vectoriel, c'est qu'il est aussi possible d'attacher un lien à une image : pratique pour, par exemple, renvoyer vers le site de la structure quand on a rapporté le logo dans l'image globale.

Par contre, il y a un point qui ne me satisfait pas et pour lequel je ne suis pas parvenu à trouver une solution, c'est le poids des images. La page globale devient lourde lorsque l'on a plein de choses à raconter. Sans doute faut-il découper un peu ses idées pour faire plusieurs présentations. Par exemple, pour la présentation sur laquelle j'ai l'habitude de m'appuyer dans mes intervnations, j'imaginais ajouter toute une partie sur l'impact environnemental mais j'y ai renoncé pour la raison du poids déjà trop important de la page (et aussi parce qu'il y a déjà plein de ressources sur ce sujet par ailleurs).

Sozi pour définir un parcours de l'image par défaut

Sozi va vous permettre de "scénariser" un déplacement sur l'image que vous aurez créée préalablement.

Interface de Sozi

Interface de Sozi

Ce scenario par défaut peut être facilement "oublié" par la personne qui navigue sur la page car l'image est déplaçable avec la souris pour aller sur une zone particulière de l'image.
Par ailleurs, les vues "programmées" sont accessibles par l'intermédiaire d'un sommaire en haut à gauche de l'écran.

Sommaire

Pour afficher le sommaire des vues programmées

Voici, quelques raccourcis et manipulations qui permettent de visiter l'image librement :

Pour naviguer librement dans le Panoptykon

J'aime vraiment cette approche permise par la combinaison du couple Inkscape - Sozi car cela permet d'avoir une vue d'ensemble de la démarche adoptée et de faire comprendre le cheminement choisi. Je suis assez mal à l'aise quand j'assiste à une présentation et que je ne suis pas capable de cerner où va la personne, s'il reste encore beaucoup de vues /slides. Bien sûr, les outils plus classiques comme l'outil de présentation de la suite Libre Office permettent généralement de donner à voir ces éléments si la personne qui a préparé a bien pensé à mettre un sommaire, un n° de page et un nombre de page. Mais même dans ce cas, avoir la vue d'ensemble permise par Inkscape- Sozi apporte un plus je trouve. Et lorsque je reprends la présentation que j'ai du "mettre en pause" par manque de temps, reparcourir les étapes précendentes est plus simple à mon sens. Sans compter que ne pas être limité par une surface de page, assouplit la possibilité d'ajouter des points et de réajuster la vue.